Miser sur le numérique pour booster la diffusion des bonnes pratiques

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Entretien avec Prudence Adjanohoun, secrétaire général du Réseau Habitat et Francophonie

Depuis 2023, le Réseau Habitat et Francophonie (RHF) organise un cycle de webconférences thématiques consacré aux politiques du logement dans l’espace francophone. Un format numérique devenu, un véritable outil de coopération internationale.

Pourquoi avoir lancé ces webconférences en 2023 ?

Nous partions d’un constat : la crise du logement est devenue structurelle et mondiale. Pénurie d’offre abordable, tension foncière, financiarisation des marchés, transition climatique, recomposition démographique… Aucun pays n’est épargné. Tous les professionnels étaient à la recherche de solutions rapides et opérationnelles. Ils étaient également demandeurs d’informations sur des pratiques qui ont fait leurs preuves.

Face à ces défis, il nous fallait réinventer un nouvel espace pour comparer les modèles et partager les solutions. Le numérique s’est imposé comme un levier évident.

Quels objectifs poursuivez-vous ?

Le cycle répond à quatre ambitions. D’abord, capitaliser et diffuser les savoirs en matière de politiques de l’habitat. Ensuite, comparer les modèles de logement social et abordable à l’échelle internationale. Troisièmement, renforcer les compétences des collaborateurs des organismes membres. Enfin, structurer une communauté professionnelle francophone active et connectée. Ce n’est pas un simple cycle de conférences : c’est un instrument permanent de coopération technique. Depuis 2023, nos webconférences ont mobilisé plus de 600 participants.

Quels résultats observez-vous depuis son lancement ?

Entre 2023 et 2025, chaque session a réuni entre 22 et 88 participants, avec en moyenne une dizaine de pays représentés. Institutionnels, opérateurs, universitaires, collectivités, organisations internationales : la diversité des profils garantit une véritable confrontation d’expériences. Le dispositif s’est progressivement imposé comme un outil structurant du réseau.

Quelles thématiques ont été abordées ?

En 2023, nous avons posé les bases : accompagnement technico-social, accession sociale, foncier solidaire, expérience sénégalaise, état du logement en Europe ou encore construire « plus, mieux et moins cher » à Mayotte.

En 2024, nous avons exploré des sujets plus ciblés : agences immobilières sociales en Wallonie, coopératives HLM, démolition de copropriétés dégradées, « Logement d’abord », séparation conjugale et logement.

En 2025, l’ouverture internationale s’est renforcée : 35 ans du Fonds du Logement de Bruxelles, financement du logement social en France, COP30 et logement, coopératives européennes, logement social à Montréal, innovation sociale, crise du logement en Grèce. Chaque session enrichit notre compréhension comparative.

Que préparez-vous pour 2026 ?

La programmation 2026 marque une nouvelle étape d’ouverture.

Nous aborderons le logement comme levier de réduction de la pauvreté avec le Québec, les modèles latino-américains en lien avec ONU-Habitat, les nouvelles formes de cohabitation et de « faire ville », le modèle sud-coréen, l’École du renouvellement urbain et le logement des jeunes en France.

Nous cherchons à croiser les expériences européennes, africaines, nord-américaines et latino-américaines.

Vous parlez souvent de « diplomatie technique », de « diplomatie du logement ». Que signifie cette expression ?

Le logement est devenu un enjeu économique, social, environnemental et désormais géopolitique. Il conditionne l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé. Il influence la stabilité sociale et la cohésion territoriale. J’en veux pour preuve le récent Plan européen pour le logement adopté par la Commission européenne en réponse à la crise du logement en Europe.

En mettant en relation des opérateurs de différents continents, nous créons un espace de coopération pragmatique. C’est une force incroyable. Ce n’est pas une diplomatie déclarative, mais une diplomatie d’ingénierie publique : échange de méthodes, de montages financiers, de modèles institutionnels.

Quelle est selon vous, la valeur ajoutée de la francophonie dans ce domaine ?

La francophonie offre un socle linguistique commun, mais surtout une tradition de service public du logement. Elle permet une circulation rapide des expertises entre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Amérique latine. Nos travaux s’inscrivent également dans la promotion du plurilinguisme.

Dans un monde où les enjeux se multiplient, structurer cet espace d’échange autour du logement social et abordable constitue un levier concret de coopération internationale.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Nous souhaitons développer davantage de formats interactifs, produire des notes de synthèse après chaque session, constituer une base documentaire partagée et élargir nos partenariats institutionnels. L’enjeu : transformer ces webconférences en véritable plateforme permanente d’ingénierie des politiques publiques du logement.